De toute évidence le fonctionnement des entreprises, n'est pas toujours adapté aux besoins de "l'Homme" ! Sinon, pourquoi parlerions-nous de responsabilité sociétale et de risques psychosociaux ? La prise en compte de "l'élément Humain" dans l'organisation et le management des entreprises est incontournable. La réussite et le maintien dans le temps des résultats ne se résument pas à une méthode ou à des outils et se réfèrent bel et bien à une culture, une façon de penser, vivre le travail.

Edgar Grospiron, champion olympique de ski acrobatique en 1992 et triple champion du monde, nous a donné, lors d’une conférence, quelques clés concernant les règles à suivre pour RÉALISER SON RÊVE ! Je vous en livre ma compréhension :

 1 -  Se prendre en main :

Edgar nous confit quelque chose comme ça : « Très tôt j’ai choisi de me consacrer au sport. Je vivais dans les alpes aux côtés de Jean Vuarnet champion du monde de ski de descente en 1960, (plus célèbre aujourd’hui par la marque de lunettes). Il est rapidement devenu un modèle et comme l’école ce n’était pas mon truc, adolescent j’ai annoncé à mes parents que je voulais être champion de ski.

Mon père m’a répondu en guise d’encouragement que ce ne serait pas une perte pour la science ». Thierry Vernhes entraineur de l’équipe de France Espoir de ski freestyle (décédé le 23/12/2016 à Annecy, une pensée pour lui) a toujours encouragé ses champions à s’appuyer sur leurs talents : pour Edgar c’était la vitesse. Il les a accompagnés inlassablement à améliorer leurs points faibles dans un esprit positif, ceci au travers d’entrainements intensifs, se souvient Edgar. En 1992 je suis allé voir Jean-Claude Killy alors coprésident du comité d’organisation des jeux olympiques d’Albertville et je lui ai dit : « Jean-Claude je vais gagner les jeux. Je ne veux pas, je vais gagner c’est promis », mon intention était claire.

2 -  Cultiver son rêve y compris au travail, c’est un moyen de s’accomplir  (c’est plus facile et motivant quand on s’appuie sur ses talents, quand le travail procure du plaisir !) :

Annoncer sa victoire par avance peut paraitre arrogant. Pour Edgar c’est une forme d’audace. Si on veut réussir, il faut s’exposer et afficher ses ambitions. Mais avant tout il faut construire son rêve, savoir qu’on a les moyens de le réaliser, être certain de le mériter. Faire les choses par plaisir, avoir des réussites quand on est dans l’entrainement intensif c’est essentiel pour garder l’énergie, l’envie de réussir. Le jour ou l’effort remplace de façon durable le plaisir la partie est perdue, le rêve s’arrêtera avant d’être vécu. Pour arriver et rester dans les premiers mondiaux si ce n’est le premier, il faut un moral d’acier et une confiance absolue. Ça se construit en soi avec l’appui de son coach, de son staff, de ceux qui nous aiment et nous encouragent.

Mais il ne faut pas confondre réussir et gagner. Réussir s’appuie sur une discipline, des valeurs, c’est gagner aussi bien entendu mais pas à n’importe quel prix. Edgar se souvient : « Mon rêve original c’était d’être champion à 18 ans. J’y étais, c’était à portée de main ! J’ai été malade la veille de l’épreuve, le médicament que j’ai pris contenait une substance considérée comme dopante. J’ai eu le choix entre me soigner et courir avec le risque de gagner en étant dopé (il y avait très peu de contrôle à l’époque), courir sans me soigner et n’avoir aucune chance de gagner ou ne pas courir et me soigner. J’ai longuement réfléchi et j’ai repensé aux valeurs de mon père qui malgré le défi qu’il m’avait lancé aurait respecté la règle, la loi. Ce jour-là j’ai décidé de ne pas courir, j’ai beaucoup pleuré mais j’étais fier de mon choix.

3 – Réaliser le « boulot » chaque jour y compris dans l’adversité (« Il y a 65 virages dans une descente olympique et il m’a fallu en réaliser 1 million trois cent mille pour me préparer aux jeux olympiques », nous a confié Edgar) :

Devenir un champion c’est un vrai boulot à plein temps : 4h de sport par jour et 4h de ski, y compris sur les glaciers l’été, ceci pendant 6 ans avant d’être médaillé. Une de mes règles c’était que même par très mauvais temps, brouillard ou chutes de neige je faisais mes entrainements. Et ça m’a servi en 1992, dans nos rêves on imagine toujours que ça va être un jour magnifique, ensoleillé ; et bien le jour de l’épreuve il y avait un temps pourri ; ça a pu mettre en stress un de mes concurrents mais pas moi j’y étais habitué (j’ai fait le vide dans ma tête et j’ai foncé, j’étais confiant).

Etre le premier c’est un travail de détail, sur le chrono l’écart avec le second est infime. Il est nécessaire de faire un point sur sa performance et ses progrès très régulièrement, de se fixer de nombreux petits points, objectifs d’amélioration. En général on fait un point  tous les 100 virages moi je le faisais tous les 65 virages (sur 1 300 000 virages mes concurrents on fait 13 000 points d’amélioration moi j’en ai fait 7 000 de plus).

4 – Se relever après chaque chute, c’est-à-dire en tirer les enseignements pour progresser :

Durant l’entrainement de 6 ans, 20 000 fois il a fallu remettre sur le métier l’ouvrage (citation issue du monde du tissage). A chaque séquence il y avait des améliorations à faire, il y avait des points qui se dégradaient (on n’est pas tous les jours au summum de sa forme, de son art). Et la force, la confiance de son coach, de son staff de ses proches sont là aussi de formidables énergies pour se remettre en « ski ».

En 1993 je finis 36ème au championnat du monde. Il faut l’avaler et repartir en faisant le bilan et en reprogrammant un entrainement qui tienne compte de la situation. Il faut savoir rebondir sur un échec, recommencer à prendre du plaisir et à mesurer pas à pas les progrès. Progrès qui permettront de remonter sur la 1ère marche du podium. Il faut ne pas se laisser mettre des bâtons dans les « skis », suivre son instinct, progresser, se remettre en question.

5 – Faire le deuil de ses réussites les plus grandioses afin de descendre de son « nuage » et de se remette à nouveau en situation réelle de compétition avec le risque de tout perdre ou de tout gagner dans un nouveau défi, rêve.

Un des pièges dans lequel je suis tombé est de surfer sur son succès, sur l’accomplissement de son rêve et de céder aux  tentations de la gloire. Après 1992 j’ai fait des choses extraordinaires, des interviews, des conférences, j’ai animé, présidé  des comités mais j’ai suspendu l’entrainement intensif. Je me suis démobilisé, démotivé, défocalisé de mon objectif principal. Je suis resté dans l’énergie du champion, dans le sentiment de toute puissance, je ne suis pas passé à autre chose. Et un an plus tard alors que je participais à une compétition que j’ai vu les jeunes faire des sauts magnifiques, je me suis dit que c’était moi le meilleur. Je me suis élancé, j’ai fait un saut applaudi par le public, j’étais heureux et à la réception j’ai entendu ma jambe craquer et je suis tombé ! Il a fallu que je passe ma colère, ma tristesse, que j’admette que je n’avais pas fait ce qu’il fallait puis que je me refixe un nouveau challenge, un nouveau rêve qui a été : « Si je peux de nouveau skier, je gagne un dernier championnat et je prends ma retraite du sport de haut niveau et cette fois je saurai faire le deuil de mon rêve accompli avant de passer à autre chose ».

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